Démarche

 

L’objet décoratif est au cœur de ma pratique artistique. Ma recherche est centrée sur l’exploration conceptuelle des multiples strates de signification des objets décoratifs de collection, dans leurs dimensions sociologiques et historiques, mais également idéologiques et esthétiques. Cette approche s’incarne dans une réappropriation des archétypes historiques de la céramique. Mon travail de recherche considère l’objet comme un révélateur social, un “porteur de signe”1, et je me sers des archétypes historiques comme d’un matériau à part entière dans une démarche de questionnement du statut de l’objet de collection.

 

Ainsi, je puise à même le répertoire des modèles originaux des grandes manufactures européennes de porcelaine des XVIIIe et XIXe siècles2, et j’utilise ces modèles en les soumettant à une pratique de déconstruction et d’altération violente de leurs structures formelles. Ces actes de vandalisme, perpétrés à l’aide d’outils d’ouvriers, peuvent évoquer les destructions idéologiques d’objets d’art dans les épisodes révolutionnaires, que ce soit la révolution française ou la révolution culturelle chinoise, mais également l’abandon progressif au cours du XXème siècle  des objets d’art décoratifs et de l’ornementation au profit des objets industriels «design».

Une autre approche consiste à détourner et contaminer les motifs décoratifs traditionnels des objets par un processus subversif de substitution du sujet. Des autoreprésentations hystériques remplacent les sages portraits d’aristocrates, l’entrée du camp d’Auschwitz se substitue à la traditionnelle vue de château, inoculant ainsi étrangeté et morbidité au sein de l’objet. C’est également dans cette approche de l’image et du décor que j’ai développé une pratique interdisciplinaire dans laquelle objets et vidéo se combinent d’une façon tout à fait originale, en utilisant les modèles céramiques comme écrans de projection pour des motifs décoratifs animés.

 

Finalement, c’est au statut de l’objet d’art considéré comme objet de luxe, à la position des arts décoratifs comme art de classe que ces objets surréalistes réfèrent. Mais ces corruptions, tant formelles qu’iconographiques, si elles remettent en question les valeurs historiques, sociales, politiques et esthétiques de l’objet décoratif, révèlent également un rapport personnel à l’objet aussi intense qu’ambigu. 

 

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1 Moles, Abraham A. 1972. Théorie des objets.

2 La manufacture de Sèvres, ainsi que celle de Pierre Louis Dagoty, fournisseur de l’impératrice Joséphine et dépositaire du « bon goût » à l’époque impériale, retiennent particulièrement mon attention.

© 2013 Laurent Craste

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